Les organisations britanniques du verre et du vitrage veulent inscrire leur filière dans le programme de réindustrialisation du Royaume-Uni. Elles mettent notamment en avant le coût de l’électricité, la décarbonation des fours, le recyclage et la demande de vitrages performants.
À retenir
- Le 10 septembre 2026, le UK Glass & Glazing Collective a présenté ses priorités lors d’une réception parlementaire à la Chambre des lords.
- La compensation du coût d’utilisation du réseau électrique pour les entreprises éligibles doit passer de 60 % à 90 % à partir d’avril.
- Le British Industrial Competitiveness Scheme pourrait réduire la facture d’électricité d’environ 35 à 45 livres par mégawattheure à partir du prochain mois d’avril.
Les organisations britanniques veulent inscrire le verre dans la réindustrialisation
Les acteurs britanniques du verre et du vitrage demandent au gouvernement de transformer son ambition de réindustrialisation en mesures concrètes pour les industries fortement consommatrices d’énergie. Le sujet a été porté lors d’une réception parlementaire organisée cette semaine à la Chambre des lords par Lord Foster of Bath. Le UK Glass & Glazing Collective y a réuni des industriels, des parlementaires et des représentants des politiques publiques.
Ce collectif rassemble cinq organisations : la British Glass Manufacturers’ Confederation, la Glass & Glazing Federation, Glass Futures, la Society of Glass Technology et la Worshipful Company of Glass Sellers of London. Son périmètre couvre donc à la fois la fabrication du verre, le vitrage, la recherche et les métiers qui interviennent dans la chaîne de valeur.
Blair McDougall, ministre britannique chargé de la Réindustrialisation, a rappelé la place historique du Royaume-Uni dans l’industrie verrière, en citant notamment le procédé float de Pilkington. Il a aussi reconnu plusieurs difficultés : la hausse des coûts d’exploitation, les nouvelles charges réglementaires, dont la responsabilité élargie du producteur, et l’incertitude internationale.
Le coût de l’électricité devient le premier levier de compétitivité
La question énergétique constitue le volet le plus immédiatement chiffré de l’annonce. Les entreprises verrières britanniques déjà éligibles au British Industry Supercharger bénéficient d’une compensation sur les coûts d’utilisation du réseau. Celle-ci doit progresser de 60 % à 90 % à partir d’avril, avec l’objectif de réduire la facture des grands producteurs et de préserver leur compétitivité internationale.
Un second dispositif est attendu le mois d’avril suivant. Le British Industrial Competitiveness Scheme devrait diminuer le coût de l’électricité d’environ 35 à 45 livres par mégawattheure consommé pour les entreprises éligibles. Le texte ne précise ni la liste définitive des bénéficiaires ni les conditions détaillées d’accès. Il s’agit donc d’un engagement annoncé, et non encore d’un résultat acquis pour chaque usine.
Pour les verriers, la portée du dispositif dépasse la seule facture mensuelle. Le collectif relie directement le prix de l’électricité à la capacité d’investir dans les technologies de décarbonation, notamment pour les fours, et à la possibilité de maintenir une production locale. Ce lien entre énergie et investissement fait écho aux démarches suivies ailleurs en Europe, comme la batterie installée sur le site de Seingbouse, présentée dans cet article consacré au stockage d’électricité dans une usine verrière.
Cinq priorités couvrent l’énergie, le recyclage et la demande de vitrage
Le collectif britannique ne limite pas sa demande à une aide sur l’électricité. Il veut d’abord rendre la transition vers le zéro émission compatible avec la compétitivité des fabricants. Il demande ensuite que les règles du jeu soient équilibrées entre les entreprises britanniques et leurs concurrentes, en tenant compte des coûts d’énergie et d’investissement.
La troisième priorité concerne la responsabilité élargie du producteur appliquée aux emballages en verre. Les organisations souhaitent une réforme de la pEPR afin qu’elle soutienne davantage la filière du verre. La quatrième vise à stimuler la demande de vitrages et d’isolants fabriqués au Royaume-Uni grâce à des bâtiments plus performants et aux travaux de rénovation énergétique. La cinquième porte sur la législation du recyclage, avec l’objectif d’augmenter la récupération du verre et de renforcer l’économie circulaire.
Cette articulation est importante pour les transformateurs : le collectif présente la décarbonation, le recyclage et la demande finale comme des sujets liés. Une énergie moins coûteuse peut faciliter l’investissement industriel, mais elle ne garantit pas à elle seule des débouchés. Les organisations demandent donc aussi une politique de construction et de rénovation capable de créer une demande pour des vitrages performants. Le lien entre réglementation, contenu recyclé et marché du vitrage est également suivi en Europe, comme le montre la définition harmonisée du contenu recyclé publiée par Glass for Europe.
Pour les professionnels français, l’effet direct reste limité mais le signal industriel mérite un suivi
Pour un facadier ou un transformateur français, cette annonce ne modifie pas directement les règles applicables ni les prix du verre sur le marché national. Les aides annoncées ciblent les entreprises britanniques éligibles et les montants sont exprimés en livres par mégawattheure. La page source ne donne pas non plus de prévision sur les volumes exportés, les capacités de production concernées ou l’évolution des prix du vitrage en France.
L’intérêt est ailleurs : le Royaume-Uni place explicitement le coût de l’énergie, la modernisation bas carbone des installations, le recyclage et la demande de vitrage performant dans une même politique industrielle. Cette approche peut influencer les conditions de concurrence entre producteurs européens et britanniques, mais il est trop tôt pour en mesurer l’effet. Les professionnels français devront surtout suivre les modalités définitives des deux dispositifs énergétiques, ainsi que la réforme de la pEPR et des règles de recyclage, avant d’en tirer une conséquence commerciale ou tarifaire.
Selon l’article publié en anglais par British Glass et relayé par glassOnWeb, le collectif entend poursuivre le dialogue avec le gouvernement britannique. La prochaine étape sera donc la traduction de ces cinq priorités en mesures financées, en critères d’éligibilité et en calendrier d’application.